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Intervention de Michéle PEGUY au conseil municipal du 28 octobre 2008 sur le service minimum à l'école

"Je souhaiterais intervenir ce soir publiquement sur la question du service minimum d’accueil dans les écoles en cas de grève des personnels. Une loi s’impose aux communes depuis le 20 août 2008. Une loi qui prévoit que les maires doivent organiser l’accueil des enfants des écoles maternelles et primaires pendant le temps scolaire, dans le cas d’une cessation concertée du travail des personnels.

Mme Darrieussecq, vous avez donc, conformément à la loi, mis en place cet accueil lors du dernier mouvement de grève du jeudi 23 octobre. Permettez-moi de préciser qu’à aucun moment, ni le conseil municipal, ni la commission scolaire n’ont été sollicités pour discuter des modalités de la mise en application de cette loi promulguée à la hâte et de manière assez floue par un gouvernement qui multiplie les mesures et les déclarations provocatrices à l’égard du service public d’éducation.

Je reviendrai donc dans un premier temps , car je pense que l’on ne peut pas en faire l’économie, sur les problèmes posés par un tel texte de loi et dans un deuxième temps, sur les difficultés et les risques de sa mise en application.

La loi demande aux communes d’assurer l’accueil des élèves et pour cela oblige les personnels à une déclaration individuelle 48 heures avant la grève, impose un délai plus long pour le dépôt d’un préavis et entrave par conséquent les possibilités de reconduction. Il apparaît dès lors évident que sous couvert de préserver la continuité du service public, le gouvernement remet en cause le droit de grève des agents de la fonction publique et demande aux maires et conseils municipaux d’être les complices d’une telle régression.

De plus, ce même gouvernement, par la voix de son ministre de l’Education dénonce les enseignants comme les responsables des problèmes des parents d’élèves. Or, ce sont justement les mesures prises par ce gouvernement et son incapacité à ouvrir des débats qui forcent les enseignants à se mobiliser pour protester. Enfin, il détourne l’attention de la population sur la réussite ou non de la mise en place du service minimum et occulte les raisons de la grève.

Mais une loi, aussi absurde soit elle, est faite pour être appliquée.

Jeudi dernier, grève à l’appel d’un seul syndicat. 7 écoles montoises concernées. Le plan d’accueil a fonctionné. La grève devient un motif de satisfaction : premier paradoxe. Deuxième paradoxe : pour être certaine que tout se passera bien, vous demandez aux familles de ne pas envoyer leurs enfants à l’école le jour de la grève. Ainsi, pour appliquer une loi, on demande aux bénéficiaires de ne pas se prévaloir du droit créé à leur profit par ladite loi !

Mais jeudi, nous étions dans un cas de figure bien particulier, d’une grève peu suivie chez les enseignants—les syndicats majoritaires n’ayant pas appelé à se mobiliser. Alors imaginons une grève massive dans l’Education Nationale accompagnée d’un mouvement social parmi les personnels de la ville. Comment vous y prendrez-vous pour mettre en place un dispositif d’accueil garantissant le bien-être et la sécurité des enfants ? Le texte de loi ne précise aucune modalité de mise en place et laisse aux communes la lourde charge de l’organisation matérielle (quel personnel, quel taux d’encadrement, quel lieu d’accueil, quid de l’accès aux listes d’appel, aux renseignements médicaux ou confidentiels sur les enfants, aux listes des personnes habilitées à venir chercher les enfants …). Iriez-vous jusqu’à la réquisition des personnels, comme dans un cas de force majeure ?

Non, tout ceci est très grave et nous nous devons de dénoncer cette loi qui dans son essence même remet en question un des droits fondamentaux des citoyens et travailleurs et accule les municipalités à mettre en place des dispositifs dont elles ne maîtrisent pas les conséquences.

Je lance donc ici un appel à la réflexion et au bon sens."

Mme Darrieussecq a bien noté les deux points sur lesquels nous avons souhaité attirer son attention, à savoir l'incongruité du texte de loi lui- même et les difficultés voire l'impossibilité de sa mise en application. Sur le premier point, elle a clairement dit que la loi ne lui posait aucun problème, qu'elle se réjouissait de la prise en compte des problèmes que peuvent poser aux familles la grève des enseignants et des personnels de service. Elle n'a pas souhaité revenir sur les restrictions quant au droit de grève que la loi sous-entend. Sur le deuxième point, elle accepte de nous associer à une réflexion sans pour autant en sentir la nécessité, reconnaissant quand même les difficultés majeures de l'application de cette loi. C'est donc avec une insouciance que l'on veut croire naïve qu'elle a répondu à cette intervention.

Commentaires

Intervention Mme Péguy

J'ai l'impression, Monsieur Cartier, que vous découvrez qu'une grève pose certains problèmes. C'est en effet le cas. Par contre, je vous rappelle que nombres d'acquis dont chacun de nous profite - vous y compris - sont le résultat de mouvements sociaux dont la grève fut un fer de lance.

La vraie et seule question est celle du droit constitutionnel qu’à chaque salarié pour manifester un désaccord ou revendiquer des améliorations d'ordre professionnel. Ce droit est pleinement reconnu dans notre constitution depuis 1946.

Vous dîtes que Madame le Maire n’a en aucun cas mis en doute le droit de grève. Comment pouvez-vous, dans le même texte, validez la reconnaissance de ce droit et la possibilité de le contourner ?

C’est bien ce que nous, groupe de l’opposition, reprochons à la majorité municipale.

réponse au commentaire de Monsieur Cartier

Vous êtes heureusement libre d'entendre et d'interpréter les propos des uns et des autres. Je pense avoir été assez claire dans mon intervention pour ne pas avoir à y revenir. Il s'agissait d'attirer l'attention sur un point qui me semble essentiel et m'effraie : la remise en cause déguisée d'un droit constitutionnel chèrement acquis. Qui pourrait nier qu'un mouvement de grève ait des conséquences sur les usagers, perturbe le quotidien ? C'est pourtant souvent le seul dont les citoyens disposent pour faire entendre leurs revendications légitimes et, en l'espèce, d'intérêt général. Qui sont les plus responsables des perturbations ? Les personnes qui manifestent leur désapprobation ou celles qui mettent en place les lois les provoquant ?
Quant au commentaire sur les réactions de Mme Darrieussecq, je maintiens ce que j'ai dit car c'est ce que j'ai entendu. Il n'y aura pas de débat au sein du Conseil Municipal montois car la majorité ne perçoit pas le problème.
Enfin, et pour répondre à votre dernière question, je ne vois pas en quoi l'attitude de certains maires socialistes - comme vous dites- pourrait affecter ma réflexion. Je prends la parole au seul nom de l'opposition montoise et n'engage qu'elle.

atteinte au droit de grève

Encore une fois le gouvernement actuel reussi le tour de force d'opposer les français. Dois je vous rappeler les conditions dans lesquelles a été votée cette loi ? En catiminie en début juillet comme plusieurs autres textes sans aucune concertation alors que le président avait promis un débat !
Il est évident que cette loi est une atteinte au droit de grève des enseignants, qui sont des fonctionnaires d'états, et on demande à d'autres fonctionnaires, ceux des collectivités de les remplacer et si ces derniers sont en grève aussi, alors il sera fait appel à n'importe qui. Ce procédé est similaire au procédé utilisé au début du siècle dernier lorsque les mineurs français se mettaient en grève pour obtenir de meilleures conditions de vie, les patrons faisaient appel à des mineurs d'autres pays qui étaient dans des conditions de vie encore plus dégradées !
Si les enseignants font grève il y a des raisons croyez moi, on supprime par exemple le système des enseignants spécialisés RASED pour économiser 8000 postes, on rajoute pour compenser 2 heures de soutien scolaire alors que l'on supprime à chaque enfant 4 heures de cours hebdomadaire ! Expliquez moi comment avec moins d'heures de cours par semaine vous apprendrez les même connaissances aux enfants ? Comment des enfants ayant un niveau moyen pourront autant progresser qu'avant cette réforme, avec 4 h de cours en moins par semaine ?
Ce gouvernement n'hesite pas à donner aux banques 360 milliards d'euros pour tenter de réparer leurs bétises et on continue à dire qu'il faut réduire le nombre de fonctionnaires, donc d'actifs pour réduire le déficit de l'état. Mais de qui se moque t on ? En quelques semaines les places boursières ont perdu 25 000 milliards d'euros soit 20 fois la dette de la France cumulée depuis 20 ! Il n'y a pas de problème là ?
Franchement il est grand temps de revenir à un réquilibrage descend, jamais dans l'histoire de l'humanité nous avons rencontré la situation suivante: les 50 personnes les plus riches du monde ont autant d'argent que 486 millions de personnes les plus pauvres !
Alors au lieu de vous chamailler sur le compte rendu fait par Mme Peguy ou M Lagrave vous feriez mieux de vous révolter comme moi devant tant d'injustice !

Intervention Mme Péguy

Que vous publiez vos interventions est une bonne chose.
Mais que signifie ce commentaire ajouté à la fin de l'intervention de Mme Péguy ? De qui émane-t-il ? De Mme Péguy, de M. Lagrave ou d'une autre personne ? J'ai pour ma part écouté (jusqu'au bout !) le conseil à la radio MdM et je n'ai pas le sentiment que Mme le maire ait été d'une "insouciance naïve"… Elle n'a jamais dit que la loi ne posait "aucun problème" ou qu'elle se "réjouissait" des problèmes posés aux familles par les grèves des enseignants. Elle a seulement dit que la loi était la loi (ce que Mme Péguy reconnaissait également ; d'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ?)) qu'elle avait pour souci de rendre service aux familles car ces problèmes de manque d’accueil des enfants entraînaient depuis toujours des difficultés majeures d’organisation pour les parents vis-à-vis de leur travail. Qu’il serait aussi demandé aux parents ne travaillant pas de garder leurs enfants avec eux chez eux.
Elle a aussi estimé que ces dispositifs d'accueil ne remettaient pas en cause le droit de grève, tout en reconnaissant que cette loi est effectivement bien floue et difficile à appliquer mais que, à Mont de Marsan tout au moins, ce serait fait avec le maximum de sécurité pour les enfants.
Elle a enfin dit que Mont-de-Marsan avait dû organisé en deux jours ce service minimum, et qu'il faudrait s'y préparer en amont pour le prochain mouvement, le 20 novembre prochain, qui s'annonce autrement plus conséquent que l'autre jour.
Il me semble que tout cela est un peu différent (voire très différent !) à la façon dont vous présentez les choses…
Qu'en pensent les maires de Morcenx, de Saint-Paul-lès-Dax, d'Anglet etc…, autant de mairies socialistes qui ont mis en place le service minimum l'autre jour ?