« Les anciens sont sacrifiés pour de petites économies »
TROISIÈME ÂGE.La majorité municipale vient d'annoncer la fermeture de deux des six clubs de la ville au 31 décembre. Une décision qui suscite de vives réactions
C'était le 15 décembre. Ce jour-là, Edmond Hanna, adjoint au maire en charge de la Solidarité, rend visite aux membres du club du troisième âge du Brésil, dans le quartier Dagas-Beillet. « Cela nous a fait l'effet d'un coup de massue », raconte Fernand Boulineau, bientôt 73 ans dont treize comme adhérent de cette structure. Pour cause, l'élu vient annoncer la fermeture du club, créé voilà trente ans, à compter du 31 décembre. À l'autre bout de la ville, l'établissement du Peyrouat connaîtra le même sort. Au 1er janvier, il ne restera donc que quatre clubs du troisième âge sur les six répartis actuellement dans la ville.
« Malheureux », Fernand Boulineau, qui a présidé le club du Brésil en 2000 et 2001, ne comprend pas cette décision. « Ces lieux sont essentiels pour nous, les personnes âgées, plaide-t-il. Ils constituent une sorte de seconde famille. On y mange le midi, on s'y retrouve pour jouer aux cartes, pour bavarder, rigoler. Ils permettent de rompre l'isolement et la solitude que connaissent beaucoup d'entre nous. » Remonté, le septuagénaire estime « aberrant » ce choix de la majorité municipale Modem-UMP. À ses côtés, une dame d'un certain âge se déclare « totalement déboussolée depuis la nouvelle de la fermeture ». Et « choquée » par la manière dont celle-ci a été annoncée, à seize jours de l'échéance. « On nous a mis devant le fait accompli », dénonce-t-elle. « Dans le genre inélégant, on ne fait guère mieux », renchérit Fernand Boulineau.
« Faux arguments »
Pourquoi une telle décision ? Avant tout, la faible fréquentation des deux clubs en question serait en cause (lire ci-dessous l'interview de Geneviève Darrieussecq). Ce que dément pourtant Fernand Boulineau. « Nous sommes quarante-cinq adhérents ici au Brésil. En moyenne, quatorze personnes viennent manger ici le midi et soixante-dix repas sont servis par semaine. Mais il ne s'agit que de moyennes », précise le septuagénaire.
« Quand bien même, ce n'est pas cet argument qui a été mis en avant par l'élu venu le 15 décembre, poursuit-il. Il a surtout insisté sur la vétusté de nos locaux, déclarant qu'ils n'étaient plus aux normes et ne pouvaient continuer à accueillir du public. Or, tous les ans, des contrôles ont été effectués par la commission de sécurité qui n'a jamais rien trouvé à redire. » De là les soupçons de plusieurs membres du club : « On nous présente de faux arguments qui ont pour but de nous sacrifier pour de petites économies. » L'attaque est rude et reprise au vol par l'opposition municipale.
Lettre ouverte au maire
En date du 19 décembre, les élus de gauche ont adressé une lettre ouverte à Mme le Maire dans laquelle ils s'indignent de l'absence de concertation sur ce dossier. « Nous nous étonnons que la réorganisation des six clubs montois n'ait pas fait l'objet d'une discussion technique en conseil d'administration du CCAS (1), puis d'une décision du Conseil municipal », écrivent-ils, demandant au maire « dans le simple respect des membres des deux clubs, de surseoir à leurs fermetures et de mettre une véritable concertation en place permettant de rassurer nos anciens en trouvant des solutions avec eux. »
Une requête restée pour l'heure lettre morte. « Nous n'avons reçu aucune réponse », insiste le chef de file de l'opposition montoise, Renaud Lagrave. Et le socialiste de pointer « les contradictions de la majorité » : « au moment où elle nous explique qu'il faut de la démocratie et crée pour cela des conseils de quartier, elle prend la décision de fermer des structures pourtant si utiles aux liens sociaux de nos quartiers. »
La nouvelle majorité municipale serait-elle en train de commettre l'un de ses premiers faux pas politiques ? Sur les 25 000 électeurs montois, un quart a plus de 60 ans.
(1) Centre communal d'action sociale.
Auteur : élisa artigue-cazcarra
e.cazcarra@sudouest.com
